Musique et résistance

Droits Humains 2020

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Paris, février 2020

Les Chiliens ont besoin de soutien.

 APPEL, FAITS

Il y a un peu du temps, le Chili était le pays des rêves du libéralisme et un exemple de stabilité.

La réalité est autre. Depuis plus de quatre mois, le peuple chilien manifeste et dénonce le système alors que les chiffres en matière de répression prennent des proportions astronomiques.

Biens ou personnes ? Là où investisseurs et intérêts économiques se sont allés afin d’investir et exploiter, les gens souffrent. Au nom des biens et des choses, et non des personnes et leurs droits, la vie des Chiliens est régie par des lois promulguées sous la dictature, reprises et adaptées en « démocratie ». La répression se fait comme en dictature.

Des membres du gouvernement et des associations de défense des Droits de l’Homme ont participé, le 10 novembre dernier, à la réunion de la Cour interaméricaine des Droits de l’Homme à Quito. La Défenseure des Enfants, la Commission des Droits de l’Homme, et l’Institut Chilien des Droits de l’Homme ont dénoncé de flagrantes violations aux droits des personnes et des enfants. De son côté, le gouvernement chilien a dénoncé les pillages de supermarchés et la destruction de nombreuses stations de métro. Biens ou personnes ? Qu’est-ce qui est mis en avant dans les propos tenus lors de cette réunion ?

Que se passe-t-il ? Les Chiliens manifestent dans les rues, et se réunissent dans tout le pays pour réfléchir ensemble à une nouvelle Constitution et sortir enfin du carcan de celle imposée par Pinochet et approuvée par voie référendaire en 1980 alors même que les registres électoraux avaient été détruits en 1973. Les revendications actuelles ont pour but de récupérer des droits perdus : outre la possibilité d’édicter des lois garantissant l’impunité face à des crimes contre l’humanité, le texte constitutionnel promulgué sous Pinochet autorise la privatisation de services de base. Depuis le coup d’État de 1973, et surtout depuis les années 1980, le Chili est devenu le laboratoire du néo-libéralisme à outrance. Des droits fondamentaux, la mer, l’eau, et les terres des peuples originaires sont passées dans les mains du secteur privé. Le salaire minimum est d’environ 350 euros et le prix du métro à Santiago est de 1 euro par trajet. La plupart des retraités, dont les fonds sont gérés par le privé, ne reçoivent que 150 euros par mois après 40 ans de travail. Les étudiants post bac doivent faire des emprunts aux banques, aux taux du marché, et sont ensuite endettés à vie. Avec un revenu moyen de 500 euros par mois, le coût de la vie est semblable à celui de la France. Si certains points de la Constitution ont bel et bien été modifiés, rien n’a été fait pour garantir une vie digne ou le respect des Droits de l’Homme.

Les Chiliens sont un peuple pacifique qui a vécu dans l’espoir que ce système lui rende sa dignité. Le 18 octobre 2019, de façon surprenante, le Chili s’est réveillé comme jamais il ne s’était réveillé depuis le coup d’état de 73. Seule la manifestation festive de 1988, lors du plébiscite qui a contraint Pinochet à rendre le pouvoir en 1990, pourrait être comparable.

Fête ou rêve devenu cauchemar : les amarres du dictateur se font sentir et résonnent avec force et violence 30 ans après. Les Chiliens mobilisés depuis la mi-octobre 2019 les rejettent.

Depuis le 18 Octobre 2019, l’actuel président – dont plusieurs ministres avaient prêté serment à Pinochet dans les années 80 – a déclaré que le Chili était en guerre contre “un ennemi implacable”. Pendant les premiers jours de manifestations, il a décrété un couvre-feu qui a duré 9 jours. De nombreux manifestants sont sortis dans les rues (environ 2 millions pour 18 millions d’habitants) pour clamer haut et fort que le peuple n’est pas en guerre. L’envie de militariser le pays s’est poursuivie et, depuis, le bilan de victimes ne fait que s’alourdir

Après plus d’un mois de manifestations, les rapports de différentes organismess internationaux de surveillance et de défense des Droits de l’Homme sont unanimes et dénoncent l’usage systématique de la force et de la violence contre les Chiliens mobilisés. Au moment de la publication du rapport d’Amnesty International, les militaires, l’armée de terre et l’armée de l’air ont sorti un communiqué commun sans consulter le ministre de la Défense pour rejeter, tout comme le gouvernement, les constats d’Amnesty, Human Rights Watch, la CIDH, et bien d’autres.

Des graphiques contenant les chiffres de la répression compilés par l’Institut chilien des Droits de l’Homme (INDH), l’organisme officiel de l’État, comptent plus de 400 mutilés des yeux au 15 janvier 2020, ce n’est qu’un échantillon : des morts, détenus, prisonniers politiques, sévices sexuelles et bien plus d’autres actes horribles ont lieu tous les jours. Bien que ces données impressionnent, les chiffres de l’INDH sont moins importants que ceux relevés par la Croix Rouge, Amnesty International, ou la Commission chilienne des Droits de l’Homme.