Résistance féminine pour piano et casseroles et plus

Résistance féminine

Pour piano et casseroles

(avec révolutions musicales au-delà des limites de l’imaginable)

Par Maria-Paz Santibanez, pianiste

Résistance féminine est un projet de création d’œuvres pour piano et plus. Les œuvres sont nées de la résistance, pour le respect des Droits Humains et la dignité des personnes.

Dans l’axe du projet figurent des œuvres qui intègrent des éléments scéniques performatifs possibles à réaliser en concert. La direction des concerts-performances est assurée par Glyslein Lefever. La projection d’images fait partie intégrante du projet en concert, elle est en charge de l’artiste visuel et audiovisuel Lorena Zilleruelo

María-Paz Santibanez, pianiste chilienne résidant à Paris, est une interprète qui réunit dans ce projet les axes de sa vie et de sa carrière : il s’agit d’une femme qui défend la création contemporaine et qui tout au long de sa vie s’est engagée pour la défense et le respect des Droits Humains.

Ce projet réunit des créations de compositrices et de compositeurs qui ont offert leurs œuvres par engagement et respect des Droits des personnes. A l’origine, ce sont la révolte et la résistance chilienne, les casseroles et les manifestants au Chili qui ont inspiré les premières créations. Ces casseroles et ces manifestants (es) résonnent dans le projet, aux côtés des compositeurs et compositrices. Le projet se poursuit en temps de Covid, lorsque dans de nombreux pays la culture a été mise à l’écart de ce qui est « essentiel » et lorsque le monde entier a pris conscience des inégalités et de la précarité auxquelles étaient soumis leurs habitants. Il est naturel que nous composions, que nous interprétions et mettions en scène, car notre travail consiste à résister : nous vivons et créons depuis toujours du « non essentiel » selon les dictats du marché mondial.

Résister est la tâche des créateurs. Elle le fut autrefois aussi pour Beethoven, pour ne nommer que celui dont le nom résonne lorsque nous parlons de révolutions dans le domaine du musical et de la musique elle-même. Et elle le fut aussi pour tant de femmes créatrices qui ont été et sont encore ignorées et invisibles.

En temps de Covid, rouvrir peu à peu les salles, les théâtres et les oreilles, créer, croire… c’est faire résonner la création et la résistance.

Créations de Résistance féminine

La première œuvre de ce projet est la suite « Impact (tes yeux, tes droits) » pour piano et casseroles. Il s’agit d’une commande faite à divers compositeurs par la pianiste Maria-Paz Santibanez dont une partie a été présentée en avant-première à Paris au théâtre du Chatelet. Cette œuvre fut à l’origine dédiée aux yeux mutilés du Chili depuis la révolte de fin 2019. Les révoltes se sont amplifiées, la Covid a mis à nu la précarité, et l’œuvre est aujourd’hui dédiée à la révolte qui, sous de nombreuses latitudes, se manifeste contre l’inégalité, contre l’oppression et pour le respect des Droits Humains. La tournée prévue autour de cette œuvre –consacrée au Chili et à sa rébellion de fin 2019- s’est vue reportée en raison de la situation sanitaire (Covid). Les pays qui aujourd’hui reprennent la révolte sont encore plus nombreux et audacieux. Il est alors pertinent et nécessaire d’étendre la dédicace au profit de tous ceux et celles qui cherchent à élever leur voix et descendre dans la rue pour défendre le respect des Droits Humains et la dignité des personnes et des peuples.

Actuellement l’œuvre « Impact… » a 6 parties finies et en cours de travail pour être jouées. La suite comporte des mouvements qui sont donnés en première, en fonction des dates d’achèvement par chaque compositeur ou compositrice, chaque compositeur apportant sa propre contribution dans ses temps et faisant croître l’œuvre et la résistance.

La seconde œuvre du projet a également été commandée par María-Paz Santibanez. « El violador es… eres… eras…», de Valeria Valle. (lire plus sur Valeria Ici). Cette œuvre invite à la performance sur scène, pour la défense des droits des femmes et contre le patriarcat institutionnel. C’est dans l’ébullition des manifestations chiliennes de fin 2019,  qu’est née cette dénonciation du patriarcat institutionnel grâce au travail du collectif  « Las Tesis », des Chiliennes également. Il est devenu viral, et s’est prolongé en un écho mondial avec la performance « Un violeur sur ton chemin ».

Performance ? Images ?

Il s’agit d’un projet de concert qui peut être performatif. Cependant, chaque œuvre est une œuvre musicale en soi, ce qui laisse également prévoir la production d’un disque, particulièrement consacré aux œuvres pour piano et casseroles et aux des œuvres dont la thématique est liée aux droits des femmes et/ou de femmes auteures.

Dans le cas de « Impact », l’installation d’une casserole entre les cordes, l’intervention de cuillères entre les cordes du piano, l’utilisation des casseroles en guise de batterie à côté du piano, l’entrée en scène en tapant sur une casserole, les œuvres jouées avec un œil bandé, le contretemps effectué par la pianiste entre piano, casseroles et déclamation de témoignages de victimes ou de poésie mapuche (peuple originaire du sud du monde) ou bien l’intervention spatiale de l’électronique – et encore beaucoup d’autres effets de morceaux en cours de composition- font de chaque moment de l’œuvre un instant performatif en lui-même.   

En ce qui concerne l’œuvre en cours d’écriture « El violador es… eres… eras…», l’invitation de la compositrice est une allusion directe à la performance de Las Tesis « el violador eres tú », par une performance vocale et/ou scénique lors du concert. Cette possibilité performative sera intégrée à l’œuvre, dans sa partie finale.

Un concert Résistance féminine prévoit la projection d’images (voir playlist inspirante), intégrant musique, image, performance.

Formats du concert

Une partie du programme proposera un répertoire en lien avec la résistance et le monde contemporain, une autre sera consacrée à l’art du piano « traditionnel » évoquant rébellion ou révolution ainsi que l’imaginaire de prédilection lié au répertoire de la pianiste. Une autre partie présentera enfin la création de compositrices qui, par leur condition féminine, demeuraient -il y a encore peu de temps- au second plan. Après Me too et après « El violador eres tú » de Las Tesis, les femmes compositrices sont de plus en plus mises en lumière. Dans ce projet, nous montrons ce phénomène, nous le mettons en valeur grâce à l’union de bonnes volontés et de musiciens autour du projet de la trajectoire résistante de la pianiste et créatrice qui en est à l’origine.

Un débat autour du concert, entre chercheurs, créateurs et acteurs locaux du domaine de la culture, de thématiques liées à « musique et résistance » -ou d’autres thèmes similaires- sera toujours le bienvenu, en fonction de sa pertinence.